Prime RSE+ du CNC : le déroulé complet sur "Meurtres en Pays de Caux"

Dernière mise à jour : 2 sept.

BBC Studios France et Early Byrd nous ont confié l'accompagnement Prime RSE+ de Meurtres en Pays de Caux, une fiction tournée pendant 24 jours en Normandie avec une cinquantaine de personnes. Voici ce que nous avons fait, dans l'ordre, et ce que la production a récupéré à l'arrivée.
Prime RSE+ CNC : ce qu'il faut retenir
La Prime RSE+ du CNC est une aide financière destinée aux productions audiovisuelles françaises qui s'engagent sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Elle suppose un test d'éligibilité préalable portant sur neuf chapitres, puis des engagements documentés tout au long du projet.
Sur Meurtres en Pays de Caux, le bilan carbone définitif s'établit à 66,96 tCO2e contre 72,94 tCO2e au prévisionnel, soit 8 % de moins. La part de repas carnés est tombée de 42 % à 23 % sur 906 repas servis, 82 % des éléments de décoration venaient de la seconde main ou de la location, et le poste déchets a reculé de 72 % par rapport au prévisionnel. Le dossier est parti au CNC.

La question que nous posons avant toutes les autres
Est-ce que votre projet est éligible à la Prime RSE+ ?
Nous la posons dès le premier échange, et pas par acquit de conscience. Beaucoup de directeur·ices de production découvrent le dispositif au moment où les devis sont déjà arrêtés et les prestataires choisis, c'est-à-dire au moment précis où la moitié des leviers vient de se refermer. Rien n'est perdu à ce stade, mais le travail devient nettement plus contraint, et le dossier déposé au CNC s'en ressent.
La Prime RSE+ ne récompense pas une intention mais une organisation dont vous pouvez apporter la preuve.
Étape 1 : le test d'éligibilité, un diagnostic de production
Le test porte sur neuf chapitres qui recouvrent l'essentiel des décisions prises par une production : gouvernance RSE, énergie, mobilité, achats responsables, alimentation, déchets, sobriété numérique, inclusion, parité et qualité de vie au travail, formation et sensibilisation.
Pour chacun, nous examinons deux choses qu'il ne faut surtout pas confondre. D'abord ce qui existe déjà dans les habitudes de la production, souvent davantage que ce que l'équipe imagine, parce que certains réflexes de régie ou de déco sont déjà en place sans avoir jamais été comptabilisés. Ensuite ce qui reste réellement atteignable compte tenu du format, du budget, du calendrier et des lieux de tournage. Une fiction tournée en décor naturel dans une commune de bord de mer ne dispose pas des mêmes marges qu'un plateau de studio raccordé au réseau, et un test d'éligibilité qui ignore cette différence produit une feuille de route que personne n'appliquera.
Nous avons passé Meurtres en Pays de Caux au crible de ces neuf chapitres avant de nous engager. Le projet était éligible, avec un potentiel d'impact réel sur chacun d'eux. Ce diagnostic est devenu la base de tout ce qui a suivi.

Étape 2 : ce que nous avons mis en place avant le premier jour de tournage
C'est ici que se joue la Prime RSE+, bien plus que sur le plateau. Un tournage responsable applique des décisions prises en préparation, il n'en invente pratiquement aucune.
Nous avons commencé par une réunion de cadrage avec Laurent Lasnon, directeur de production, pour poser ensemble les objectifs, les contraintes et les marges de manœuvre département par département. Cinq livrables en sont sortis.
Une feuille de route signée par tous les chefs de poste, déco, HMC, régie, costumes, son, machinerie, image et post-production. La signature n'est pas une formalité administrative : elle transforme une consigne générale, que chacun interprète à sa façon, en engagement nominatif que l'on peut suivre.
Un plan de mobilité construit avec le régisseur général, avec recensement des véhicules, identification des trajets récurrents et objectif de motorisation hybride. Sur une fiction tournée en décor naturel, les déplacements figurent presque toujours parmi les tout premiers postes d'émissions, et ils se traitent au moment de la réservation des véhicules, pas au moment du départ.
Un plan énergétique appuyé sur la cartographie des sources d'énergie disponibles sur chaque lieu de tournage en Normandie. Savoir quels décors sont raccordables au réseau évite de découvrir sur place qu'il n'existe pas d'alternative au groupe électrogène.
Un plan de gestion des déchets avec cinq flux de tri, des signalétiques commandées avant le tournage et des prestataires identifiés localement. Un dispositif de tri improvisé le premier jour ne tient jamais jusqu'au dernier.
Un éco-référent intégré à la liste technique, avec lettre de mission et checklist quotidienne, complété par un encart Écoprod dans les feuilles de service chaque matin. C'est le point de contact permanent entre la feuille de route et l'équipe, et sur 24 jours de tournage il fait la différence entre des mesures suivies et des mesures oubliées à partir de la deuxième semaine.
Nous avons enfin établi un bilan carbone prévisionnel de 72,94 tCO2e. Sans cette valeur de départ, il n'y a rien à démontrer à l'arrivée, seulement un chiffre isolé qui ne dit à peu près rien.

Étape 3 : les résultats présentés à BBC Studios France
Le tournage terminé, nous avons présenté la restitution à Laurent Lasnon et à l'équipe BBC Studios France.

Quelques précisions utiles derrière ces lignes. Sur l'alimentation, les aliments étaient proposés en vrac sur la table régie et aucune bouteille plastique individuelle n'a été distribuée. Sur les costumes, les pièces restantes ont été revendues à l'équipe ou données à l'association MIAA. Sur la décoration, le taux de sortie compte autant que le taux d'entrée : les 82 % d'éléments loués ou de seconde main perdraient beaucoup de leur intérêt si le décor finissait en benne, ce qui n'a pas été le cas ici.
Les objectifs fixés en préparation, chapitre par chapitre, ont été atteints. Le dossier part au CNC.

Ce que nous en retenons pour les projets suivants
L'écart entre le prévisionnel et le définitif est la seule mesure qui compte vraiment. Un bilan carbone brut renseigne surtout sur la taille du projet, pas sur la qualité de la démarche. Ce que le CNC examine, et ce qu'un diffuseur regarde de plus en plus, c'est la trajectoire entre l'annoncé et le réalisé.
Les postes qui bougent sont ceux qui ont un responsable. Alimentation, mobilité, déchets : les trois lignes qui ont le plus progressé sont exactement celles pour lesquelles un plan écrit existait, avec un nom en face.
La production a récupéré autre chose que la prime. Le plan énergétique cartographié en Normandie, les prestataires déchets identifiés, la liste des loueurs de décor, tout cela reste disponible pour le prochain tournage dans la région. La deuxième fiction coûte toujours moins d'efforts que la première.
Reste un point de vigilance que nous signalons systématiquement : la traçabilité se tient au fil de l'eau ou ne se tient pas. Aucune des données de cette restitution n'aurait pu être reconstituée trois mois après la fin du tournage.
Vous vous demandez si votre projet est éligible
Nous sommes une entreprise à mission spécialisée dans le conseil en production audiovisuelle responsable, en publicité, en TV de flux et en fiction. Utopistes pragmatiques, nous partons de vos contraintes de production réelles plutôt que d'un modèle théorique, et nous vous disons franchement quand un objectif n'est pas tenable sur votre format.
Testez l'éligibilité de votre projet à la Prime RSE+ : abetterprod.com/nos-services/primerseplus
Que votre projet soit en développement ou déjà en préparation, échangeons.
Questions fréquentes sur la Prime RSE+
Qu'est-ce que la Prime RSE+ du CNC ? Une aide financière accordée aux productions audiovisuelles françaises qui s'engagent sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Elle n'a rien d'automatique : elle suppose de passer un test d'éligibilité, puis de documenter les engagements pris jusqu'à la restitution.
Quels chapitres le test d'éligibilité évalue-t-il ? Neuf : gouvernance RSE, énergie, mobilité, achats responsables, alimentation, déchets, sobriété numérique, inclusion, parité et QVT, formation et sensibilisation.
À quel moment faut-il lancer la démarche ? Dès le développement si possible, en préparation au plus tard. Les leviers les plus lourds, mobilité, énergie, achats, se ferment au moment où les devis sont arrêtés.
Un éco-référent est-il obligatoire sur le tournage ? Ce n'est pas une case à cocher, c'est ce qui fait tenir le dispositif dans la durée. Sur Meurtres en Pays de Caux, l'éco-référent figurait dans la liste technique, avec lettre de mission et checklist quotidienne, et un encart Écoprod paraissait chaque matin dans les feuilles de service.
Quel résultat peut-on viser sur une fiction de ce format ? Sur Meurtres en Pays de Caux, 24 jours de tournage et une cinquantaine de personnes en Normandie, la baisse a été de 8 % entre le bilan carbone prévisionnel et le définitif, avec des progressions bien plus marquées sur certains postes, jusqu'à 72 % sur les déchets. Le résultat dépend d'abord de la date à laquelle la démarche démarre.
Peut-on cumuler la Prime RSE+ avec d'autres dispositifs ? D'autres soutiens existent, notamment du côté des éco-bonus régionaux et du label Regards d'ici du CNC. Les conditions de cumul dépendent du montage de votre projet, c'est un point que nous regardons pendant le test d'éligibilité.



